Birmanie : voix des femmes de la révolution

Birmanie : voix des femmes de la révolution

En cette journée internationale des droits des femmes, c’est avec le plus grand respect que nous saluons les millions de femmes birmanes, qui luttent contre le régime militaire, pour leur survie et celle de leurs proches, mais aussi pour une société plus égalitaire et juste. 

Elles sont la cible d’une violence spécifique, souvent à caractère sexuel mais pas uniquement du fait de leur genre et une cible privilégiée du régime militaire, reposant sur le patriarcat. En 2024 en France, les femmes représentent 3,4% des personnes en détention ; en Birmanie, plus de 20% des prisonniers politiques sont des prisonnières politiques.

Une activiste birmane nous a récemment dit lors d’un entretien: 

“Lorsque les hommes tuent les hommes, généralement ils les tuent et c’est tout.

C’est la guerre.

Lorsqu’ils tuent des femmes, il faut que ça se voit. C’est souvent mis en scène et filmé.”

 Si ni elle, ni nous, ne comprenons le pourquoi, nous ne pouvons nous empêcher de partager son triste constat. 

Les femmes sont au cœur de nos sociétés, en paix, en résistance et en guerreInfo Birmanie

………………………………………..

La Thanakha Team, qui a édité ce livre, est un collectif d’activistes qui s’est engagé à amplifier les voix des diverses femmes de Birmanie/Myanmar. Ces histoires ont été écrites par des femmes qui écrivaient pour la première fois et qui ont participé aux ateliers d’écriture d’Altsean-Burma dans quatre lieux différents.

Ce livre collectif est publié pour la journée internationale des droits des femmes en anglais par Altsean-Burma.

Info Birmanie a décidé de vous traduire une partie de son contenu, trois nouvelles, saluant le courage et la résilience des femmes birmanes, qui se battent contre le régime militaire mais aussi pour une société plus égalitaire et inclusive.

Vous pouvez lire en français:

L’avant-propos | Yasmin Ullah

Yasmin Ullah est une féministe Rohingya, une autrice, une poétesse et une militante pour la justice sociale. Elle est née dans le nord de l’État de Rakhine, au Myanmar, mais a grandi en tant que réfugiée en Thaïlande. Elle a été ré-installée au Canada en 2011. Elle est cofondatrice et directrice exécutive du Rohingya Maìyafuìnor Collaborative Network.

Je n’étais pas seule | A Phyu

A Phyu est une femme birmane musulmane qui travaille comme assistante émotionnelle dans le domaine de la santé mentale. Elle a écrit « Je n’étais pas seule » pour rendre hommage à sa résilience au cours d’une période extrêmement difficile et pour encourager d’autres survivants à partager leur histoire. La rédaction de cette histoire a été un voyage émotionnel qui lui a rappelé des souvenirs douloureux, mais qui l’a finalement laissée plus légère, plus en paix. Cela lui rappelle que la survie n’est pas seulement une question d’endurance, mais aussi de reconnaissance de notre force et de notre évolution.

A mon Maître | Waso

Waso travaille actuellement comme rédactrice et productrice à Federal FM Radio. Elle produit des histoires audio, des programmes comme The Voice of Women Revolutionaries, Mine Risk Podcasts, Look to the Sky Podcasts, des programmes de contes pour enfants et des interviews à la radio. En outre, elle a écrit des histoires pour sensibiliser sur les dangers des mines terrestres, des munitions non explosées et des frappes aériennes. L’histoire “A mon Maître” est basée sur les témoignages de combattants révolutionnaires dans l’État de Karenni. Le chien Casper, qui a inspiré cette histoire, réside toujours à Karenni.

Oser tomber, mais toujours fleurir | Rak Pay

Rak Pay est une femme de l’ethnie Pa-O. Elle vous raconte une histoire qui est basée sur les expériences vécues d’une femme de sa communauté.

Livre en français ici

Livre en anglais ici

Le Haut-Commissaire V.Türk dénonce la « litanie de souffrances humaines » en Birmanie

Le Haut-Commissaire V.Türk dénonce la « litanie de souffrances humaines » en Birmanie

Traduction de la prise de parole de Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’Homme, sur la situation en Birmanie, lors de la 58ème session du Conseil à Genève en février 2025

…………………………..

Excellences, distingués délégués,

La situation des droits de l’Homme en Birmanie est parmi les pires au monde. 

Aujourd’hui, je vais passer en revue une litanie de souffrances humaines difficiles à imaginer. 

Les conflits, les déplacements de populations et l’effondrement économique combinés ont provoqué douleur et misère à travers le pays. Les civils paient un prix terrible. Le nombre de morts dû aux violences en 2024 a été le plus élevé depuis le coup d’État militaire de 2021.

Quinze millions de personnes sont confrontés à la faim cette année et, selon les derniers développements effroyables, jusqu’à deux millions de personnes seraient exposés à la famine.

La plupart des civils ont été tués dans des frappes aériennes brutales et aveugles et des tirs d’artillerie de l’armée, alors que celle-ci continue de perdre du pouvoir. Les attaques ciblées contre des écoles, des lieux de culte, des établissements de santé, des camps de déplacés et des événements publics ont provoqué des pertes massives de civils et des déplacements de population.

Au moins 1 824 personnes ont été tuées en 2024, dont 531 femmes et 248 enfants, mais ces chiffres ne représentent probablement qu’une fraction du bilan réel, faute de données vérifiées dans plusieurs zones clés où de violents affrontements ont eu lieu.

Les analyses de mon Bureau révèlent que l’armée a attaqué des établissements de santé et du personnel plus de 1 500 fois depuis le coup d’État, tuant 131 professionnels de santé.

Les groupes armés opposés au coup d’État ont également pris pour cible des administrateurs, des responsables politiques locaux et des personnes affiliées à l’armée. Bien que l’ampleur et la portée de cette violence ne soient pas comparables à celles perpétrées par l’armée, toutes les parties doivent respecter les droits de l’Homme et le droit humanitaire.

L’armée a poursuivi sa campagne de terreur de la population par des actes d’une extrême brutalité, notamment des décapitations, des incendies, des mutilations, des exécutions, des tortures et l’utilisation de boucliers humains.

Les soldats ont lancé des attaques non provoquées contre des villages où il n’y avait pas de combats en cours.

Par exemple, en octobre dernier, l’armée a mené au moins 13 frappes aériennes, incendié jusqu’à 1 000 maisons et tué au moins 25 civils dans plusieurs villages du canton de Budalin, à Sagaing, en une seule journée.

Près de deux mille personnes sont mortes en détention depuis le coup d’État, dont 410 en 2024, soit plus d’une personne par jour. Les analyses de mon Bureau indiquent que la plupart des décès sont la conséquence d’exécutions sommaires et de tortures.

Des rapports continuent de faire état d’un recours systématique à la torture et aux mauvais traitements, notamment à la violence sexuelle, dans les lieux de détention. Les conditions de détention seraient horribles avec des installations sordides, une surpopulation, de la nourriture pourrie et de l’eau contaminée.

Pendant ce temps, la crise humanitaire continue de faire rage. Plus de 3,5 millions de personnes sont déplacées et 20 millions sont dans le besoin d’assistance humanitaire.

La faim atteint des niveaux catastrophiques et la productivité agricole a chuté de 16 % depuis 2021. Les pénuries d’engrais, la flambée des prix du carburant et les perturbations des échanges commerciaux ont fait grimper le prix du riz de 47 % dans certaines régions.

Monsieur le Président,

Je suis profondément préoccupé par la recrudescence de la violence dans l’État de Rakhine. Bien qu’il n’existe pas de chiffres complets et vérifiés, on estime que les combats intenses entre l’armée et l’armée d’Arakan ont tué des milliers de civils et poussé beaucoup d’autres à fuir.

Les membres de la communauté Rohingya sont fréquemment pris en étau entre les deux parties, qui les prennent pour cible en toute impunité.

Des sources locales ont signalé qu’au moins 40 civils ont été tués et 500 maisons incendiées lors d’un seul incident dans le village de pêcheurs de Kyauk Ni Maw en janvier de cette année.

On estime que des dizaines de milliers de Rohingyas ont traversé la frontière vers le Bangladesh en 2024, malgré la fermeture officielle de la frontière. En 2024, plus de 8 000 personnes ont fui par la mer, soit une augmentation de 80 % par rapport à 2023. Au moins 650 Rohingyas, dont près de la moitié des enfants, sont morts en mer.

Dans l’ouest de l’État de Rakhine, la production alimentaire ne devrait couvrir que 20 % des besoins locaux d’ici à la mi-2025. Le Programme des Nations Unies pour le développement a mis en garde contre une menace imminente de famine et une régression vers le mode survie.

Monsieur le Président,

Le Conseil administratif d’État a pris de nouvelles mesures en 2024 pour militariser l’ensemble de la population du Myanmar.

La mise en œuvre d’une loi sur le service militaire a conduit à une conscription forcée imposée dans l’armée, à des arrestations arbitraires, souvent sous la menace, et à la disparition forcée de femmes et d’hommes aux postes de contrôle militaires et dans les camps de déplacés.

Les hommes âgés de 18 à 35 ans et les femmes âgées de 18 à 27 ans font face à un risque constant d’arrestation et de recrutement dans les forces armées. Cette situation a créé une peur généralisée et de nouveaux déplacements.De nombreux jeunes tentent de trouver refuge à l’extérieur du pays, ce qui les expose à un risque accru de trafic, d’extorsion et d’exploitation, tout en augmentant l’impact régional de cette crise.

La création de soi-disant « groupes de sécurité et de lutte contre le terrorisme » au niveau local a également brouillé la distinction entre militaires et civils, mettant ces derniers en danger.

Collectivement, ces politiques ont eu de graves conséquences sur l’économie, qui était déjà à genoux. Les trois quarts de la population vit au niveau du seuil de pauvreté ou en dessous. Moins de 80 % des enfants en Birmanie sont scolarisés et plus de 3,7 millions de jeunes sont partis chercher refuge au-delà des frontières du pays.

Le produit intérieur brut du Myanmar s’est contracté de 17 % depuis 2020 et ne devrait pas enregistrer de croissance cette année. La monnaie s’est effondrée, et les restrictions sur les importations et les perturbations de la chaîne d’approvisionnement ont fait grimper les prix. L’inflation devrait atteindre 30 % cette année.

Alors que l’économie formelle s’est effondrée, la criminalité et la corruption ont prospéré. Selon l’Indice mondial de la criminalité organisée, le Myanmar était le plus grand centre de criminalité organisée au monde en 2024. Le pays reste le principal producteur mondial d’opium et l’un des plus grands fabricants de drogues synthétiques.

Les centres d’escroquerie à l’Est du pays suscitent de graves inquiétudes dans toute la région et dans le monde entier, concernant la traite d’êtres humains et d’autres violations et abus. Les personnes forcées à la cybercriminalité sont souvent soumises à la torture et à des peines ou traitements cruels, inhumains et dégradants, notamment des violences sexuelles, des détentions arbitraires et des travaux forcés.

Même lorsqu’elles sont libérées, ces personnes risquent d’être poursuivies dans leur propre pays.

Monsieur le Président,

Il est évident que cette situation suscite de vives préoccupations au sein de la communauté internationale, avec de graves implications pour la paix et la sécurité dans la région et au-delà.

En réponse à cette situation horrifiante, et les rapports à ce sujet sont très sombres, il est impératif que l’armée mette fin immédiatement à la violence, autorise l’accès humanitaire sans entrave et libère toutes les personnes détenues arbitrairement, comme exigé par la résolution 2669 du Conseil de sécurité.

Dans l’État de Rakhine, l’armée d’Arakan doit faire davantage pour honorer ses obligations en vertu du droit international humanitaire et des droits de l’Homme, et protéger toutes les personnes dans les zones qu’elle contrôle.

Pour briser le cycle d’impunité qui caractérise le régime militaire en Birmanie depuis des décennies, il faut que les coupables de violations et d’abus des droits de l’Homme soient tenus responsables.

En novembre, le procureur de la Cour Pénale Internationale a demandé un mandat d’arrêt contre le chef de la junte militaire, Min Aung Hlaing, pour crimes contre l’humanité présumés impliquant des aspects de déportation et de persécution des Rohingyas en 2017. Le procureur a indiqué que d’autres demandes de mandats suivraient.

À la Cour Internationale de Justice, jusqu’à présent, 11 États sont intervenus dans l’affaire intentée par la Gambie contre la Birmanie, au vu d’allégations de violations de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide.

Sur la base des principes de compétence universelle, un tribunal fédéral argentin a émis un mandat d’arrêt contre Min Aung Hlaing ainsi que les dirigeants militaires et politiques birmans pour les violences commises en 2017 à l’égard des Rohingyas.

Ces mesures envoient un signal important, parallèlement à la mise en place par plusieurs pays et une organisation régionale de sanctions ciblées contre des individus et des entreprises en Birmanie.

Cependant, compte tenu des impacts humanitaires, politiques et économiques qui alimentent l’instabilité dans toute la région, la communauté internationale doit faire davantage.

Je réitère donc mon appel à un embargo sur les armes, assorti de sanctions ciblées conformes au droit international – notamment sur le carburant d’aviation et les biens à double usage – afin de mieux protéger la population de la Birmanie.

Des stratégies créatives sont nécessaires pour fournir une aide humanitaire au-delà des frontières et soutenir les prestataires de services locaux.

Les États membres, en particulier ceux qui ont de l’influence, doivent travailler ensemble pour soutenir les membres de l’ASEAN afin de mettre fin à la violence et résoudre la crise. Cela nécessitera une voie politique qui inclura non seulement le Gouvernement d’Unité Nationale, les groupes ethniques armés et le mouvement démocratique, mais aussi des représentants des groupes de femmes, des jeunes et de la société civile.

Je suis profondément préoccupé par l’impact que les coupures de financement auront sur la société civile et les humanitaires retranchés en Birmanie.

Dans un contexte de situation difficile des droits de l’Homme dans le monde, j’appelle la communauté internationale à donner la priorité à la Birmanie.

Merci.

Rapport | Fermez le ciel

Rapport | Fermez le ciel

Les conséquences désastreuses de l’inaction sur le carburant d’aviation en Birmanie

Un rapport, riche de témoignages, publié par la Blood Money Campaign,  maintenant disponible en français.

Résumé

Cela fait plus de trois ans que l’armée birmane utilise diverses stratégies et tactiques pour réprimer le peuple en révolte depuis la tentative de coup d’État. L’armée birmane s’est également emparée des finances, de l’économie et des revenus tirés des ressources naturelles du pays. Les revenus commerciaux sont également utilisés à des fins militaires. Nous sommes notamment préoccupés par le fait que l’armée birmane détourne le carburant d’aviation commercial à des fins militaires pour cibler les civils. Ces frappes aériennes ont non seulement causé des pertes en vies humaines, mais elles ont également perturbé les moyens de subsistance, déplacé des communautés et détruit des infrastructures, aggravant encore la crise humanitaire.


La faiblesse des mécanismes de contrôle et l’insuffisance des sanctions ont permis non seulement le détournement de carburant d’aviation commercial à des fins militaires, mais aussi l’importation de carburant d’aviation directement par l’armée birmane. Dans ce contexte, les gouvernements des États-Unis, de l’Union Européenne et de l’ANASE doivent prendre des mesures bloquant l’accès de l’armée birmane à toute la chaîne d’approvisionnement en carburant d’aviation en collaborant avec les organisations de sociétés civiles, les instituts de recherche et les défenseurs des droits humains pour surveiller les itinéraires d’expédition et les installations de stockage afin d’adopter des mesures de contrôle, garantissant l’utilisateur final.


Fermez le ciel : Les conséquences désastreuses de l’inaction sur le carburant d’aviation en Birmanie | Blood Money Campaign

Rapport complet en français disponible ICI


Lumières sur la Birmanie

Lumières sur la Birmanie

Rassemblement solidaire aux cotés d’artistes birmans

Commémoration du coup d’Etat du 1er février 2021

Le 1er février 2021, l’armée birmane tente de reprendre le pouvoir par un coup d’Etat. 4 ans plus tard, la population birmane refuse toujours ce retour à la dictature. Pour ce combat pour sa liberté et son avenir, elle subit une répression sanglante. Son quotidien se conjugue entre l’anéantissement de toutes libertés, des attaques aériennes et une crise humanitaire d’une ampleur inédite avec de 20 millions personnes dans le besoin. Malgré l’indifférence de la communauté internationale, le peuple birman poursuit sa lutte avec détermination et résilience.

Programme

Projection du travail de trois femmes photographes birmanes Khin Sandar Nyunt, Shwe Paw Mya Tin et Ri, commentée par Mayco Naing

Dialogue sur les perspectives de la Birmanie avec les chercheurs du Centre Asie du Sud-Est (CNRS-EHESS-INALCO)

Fresque collaborative avec Kyar Pauk

Prise de parole de Nan Su Mon Aung, représentante du Gouvernement d’Unité Nationale en France

Chanson et photographie collective

Retrouvons nous en solidarité avec le peuple birman le 31 janvier à 19h, 4 rue Jean Lantier, Paris

𝑽𝒐𝒖𝒔 𝒂𝒗𝒆𝒛 𝒅𝒆𝒔 𝒃𝒐𝒖𝒈𝒊𝒆𝒔 𝑳𝒆𝒅 𝒆𝒕 𝒍𝒐𝒏𝒈𝒚𝒊 ? 𝑨𝒑𝒑𝒐𝒓𝒕𝒆𝒛 𝒍𝒆𝒔 !

Organisé par CCFD-Terre solidaire, Doh Atu et Info Birmanie

La junte birmane reçoit de nouveaux avions d’AVIC, proche partenaire d’Airbus, contribuant à des attaques aériennes indiscriminées

La junte birmane reçoit de nouveaux avions d’AVIC, proche partenaire d’Airbus, contribuant à des attaques aériennes indiscriminées

23 décembre 2024

La junte militaire birmane a mis en service au moins huit nouveaux avions fournis par l’Aviation Industry Corporation of China (AVIC), un partenaire proche du géant européen de l’aérospatiale Airbus qui y détient des parts.

Un examen des médias contrôlés par la junte lors de l’anniversaire de l’armée de l’air birmane, qui a eu lieu le 15 décembre 2024, montre un avion d’attaque léger Hongdu K-8 (numéro de queue MAF/3941), au moins six avions de combat légers FTC-2000G (dont les numéros de queue MAF/1407, MAF/1411, MAF/1412 et MAF/1413) et un avion de transport militaire Shaanxi Y-8 (numéro de queue MAF/5922).

Ces types d’avions sont régulièrement utilisés par la junte militaire pour effectuer des frappes aériennes indiscriminées sur la population civile. Entre février 2021 et août 2024, la junte a tué, à minima, 1749 civils dans des milliers de frappes aériennes en toute impunité.

Le dernier transfert de nouveaux avions AVIC montre que l’entreprise continue d’aider et de soutenir les crimes de guerre perpétrés par la junte.

Malgré l’attention croissante du public et les preuves des graves violations des droits humains, impliquant AVIC, Airbus a publiquement nié tout investissement préjudiciable.

Une enquête menée par Info Birmanie et Justice For Myanmar a établi le lien entre Airbus et AVIC, qui a livré de nombreux avions à l’armée birmane, notamment depuis la tentative de coup d’État de 2021 et en dépit du règlement n° 401/2013 du Conseil de l’Union Européenne concernant des mesures restrictives à l’encontre du Myanmar/Birmanie.

Cette situation a donné lieu à des manifestations exigeant qu’Airbus utilise son influence sur AVIC pour mettre fin aux livraisons continues d’avions militaires, d’armes et de services de maintenance, de réparation et de révision d’aéronefs à la junte de Birmanie.

Dans une récente déclaration publique, Airbus a défendu sa relation avec AVIC, qu’il décrit comme « un groupe public chinois d’entreprises d’aviation civile, d’aérospatiale et de défense », et a confirmé qu’il détient une participation de 5 % dans AviChina Industry & Technology Company Limited (AviChina), faisant d’Airbus le premier actionnaire international de cette filiale clé d’AVIC.

Alors qu’Airbus insiste sur le fait que sa participation financière et ses relations commerciales avec AVIC « sont exclusivement axées sur l’aviation civile et les services », il est impossible de dissocier les activités civiles et militaires d’AVIC, notamment en raison de la politique chinoise de fusion entre le militaire et le civil, qui intègre la recherche civile dans les industries militaires.

Dans ce contexte, nous ne voyons pas comment Airbus peut garantir que son activité avec AVIC est limitée à l’aviation civile et notons qu’Airbus n’a pas pris en compte cette situation dans son plan de vigilance.

En tant qu’actionnaire d’AviChina, Airbus est tenu de respecter les normes internationales en matière de commerce et de droits humains, notamment les principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales, qui exigent des entreprises qu’elles fassent preuve d’une diligence raisonnable en matière de droits humains dans le cadre de leurs relations d’affaires.

La position d’Airbus contraste fortement avec les actions d’autres investisseurs institutionnels, notamment le fonds souverain norvégien et d’importants investisseurs et fonds de pension néerlandais, qui se sont tous retirés d’AviChina en raison de préoccupations éthiques et des risques pour les droits humains posés par le transfert par AVIC de matériel militaire vers la Birmanie.

La défense par Airbus de son partenariat avec AVIC soulève de sérieuses questions quant à son engagement à réduire le risque que ses investissements contribuent à porter atteinte aux droits humains.

Le déni public d’Airbus de toute responsabilité éthique n’a fait qu’intensifier les appels à la responsabilité, y compris des manifestations en Birmanie et à Londres, ainsi qu’une lettre ouverte adressée au PDG d’Airbus, Guillaume Faury, par plus de 300 organisations internationales et locales de la société civile, dont Justice For Myanmar et Info Birmanie, appelant à mettre fin à tous les investissements dans des entreprises qui permettent les crimes de guerre commis par la junte militaire birmane.

La lettre demande à Mr. Faury de prendre « la responsabilité de s’assurer que vous ne permettez pas des crimes d’atrocité par les liens financiers et stratégiques d’Airbus avec AVIC et ses sociétés directement associées telles que AviChina ».

Si Airbus veut se conformer aux normes internationales en matière de droits humains, l’entreprise doit user de son influence sur AVIC pour mettre un terme au flux continu d’armes, d’avions militaires et de services de maintenance fournis à l’armée birmane par AVIC et ses filiales.

Pour plus d’informations

Lire le rapport #Airbusted en français et en anglais ici et l’article de Disclose « Birmanie : Airbus impliqué dans l’armement de la junte militaire »

Communiqué en anglais, format PDF

Communiqué en français, format PDF